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[FR] Le cabanon jaune - Christelle Angano

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Titre : Le cabanon jaune
Auteur : Christelle Angano
Éditeur : Rémanence
Date de publication : 2016 (octobre 2015 pour la traduction française)
Pages : 201
 

* Accoudée au bastingage, elle suivait du regard un groupe de dauphins qui les accompagnait, et se surprit à les envier. Ils étaient si libres ! Un instant, elle eut le sentiment d'être piégée dans un filet, une nasse. *
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Après la disparition de son père, marin pêcheur confirmé, au large des côtes normandes, Cloé Lebon a besoin de comprendre. Qu'a-t-il bien pu se passer cette nuit-là, alors qu'il faisait si beau ? Petit à petit le doute s'installe avec ce sentiment confus mais obsédant qu'on lui cache quelque chose.
D'Honfleur aux îles Marquises, en passant par l'Irlande, voyage initiatique, la jeune fille est en quête d'une réponse.

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* "C'est la montre de ton père, il n'en a plus besoin, et moi non plus. La seule chose dont je suis sûre, c'est que mon heure approche." *




Cloé a toujours vécu en Normandie, entourée de ses parents, de son parrain et des habitants d’Honfleur. Pour elle, le monde des pêcheurs n’a aucun secret... et pourtant. Lorsque son père disparaît en mer, elle ne peut s’empêcher de penser qu’il y a quelque chose qu’elle ignore, mais qui pourrait expliquer ce qui s’est passé. Elle décide de découvrir ce qu’on lui cache, mais elle est loin de se douter à quel point sa vie va changer.
Dès les premières pages, le lecteur est entraîné au grand air, chez les habitants d’Honfleur. La communauté est soudée face à l’immensité de la mer, et aux drames qui peuvent s’y produire. Tout semble atemporel, comme si on était dans une sorte de monde parallèle où les gens vivent simplement et où rien ne change jamais. L’arrivée d’un Irlandais dans le bassin d’Honfleur va pourtant très vite bousculer les habitudes et les rêves de Cloé.
À presque trente ans, la jeune héroïne n’a jamais quitté sa région natale et son attachement devient plus fort encore durant son deuil. Pourtant, en quelques mois, elle change à tel point qu’on la reconnaîtrait à peine si on ne s’était pas autant attaché à elle. Comme elle, on craint le changement, mais on ne peut s’empêcher de penser que c’est pour le meilleur, si elle parvient toutefois à chasser les esprits qui la hantent. C’est le moment pour elle de prendre son envol ; de Tahiti à l’Irlande, en passant par les îles Marquises, elle découvrira que le vaste monde s’étend bien au-delà de sa chère Normandie et qu’elle peut en profiter si elle apprend à accepter les secrets qu’elle a découverts.
À travers le voyage de Cloé, tant au sens propre que figuré, Christelle Angano aborde des questions existentielles telles que l’attachement, la mort, la famille, l’amour, la confiance et le secret, qui confèrent une certaine profondeur à l’histoire, sans pour autant qu’elles pèsent sur le lecteur. La plume est légère et fluide, ajoutant un peu de poésie à un monde plutôt rude. La culture locale, notamment les chansons, ajoute une touche de couleur et d’exotisme à l’intrigue. Tout est contrastes et perceptions, avec un véritable effet dépaysant.
Le cabanon jaune est une lecture rafraîchissante qui m’a beaucoup touchée. Je recommande ce livre à tous ceux qui ont envie de voyager et qui comprennent que la vie n’est jamais aussi simple qu’il y paraît. Je remercie les éditions de la Rémanence et Babelio pour cette belle découverte !
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* En bref... * 

Pour un voyage rafraîchissant au gré de la mer, qui entraînera le lecteur de la Normandie à l’Irlande, en passant par la Polynésie française, dans les profondeurs des secrets bien gardés d’une petite communauté sans histoires... ou presque.


   


 
Livre reçu dans le cadre des Masse critiques de Babelio




[FR] Un vent de cendres - Sandrine Collette

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Titre : Un vent de cendres
Auteur : Sandrine Collette
Éditeur : Éditions Denoël
Date de publication : 2014
Pages : 261
 

* Il existe des temps suspendus, ces temps d'un autre monde qui précèdent les tempêtes et dont, si nous n'étions pas fous, nou snous garderions avec prudence. Ces instants et ces heures qui endorment toute méfiance, qui nous font croire à la possibilité de faire table rase du passé, de tout recommencer ; ces temps de mensonge. *
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Des années plus tôt, un accident l'a défiguré. Depuis, il vit reclus dans sa grande maison. Jusqu'au jour où surgit Camille...
Malo a un mauvais pressentiment. Depuis leur arrivée au domaine de Vaux pour faire les vendanges, Octace, le maître des lieux, regarde sa sœur Camille d'un œil insistant. Le jeune homme voudrait quitter l'endroit au plus vite, partir loin de cette angoisse qui ne le lâche plus.
Camille trouve ses inquiétudes ridicules, mais Malo n'en démord pas. L'étrange fascination d'Octave pour Camille, pour ses cheveux d'un blond presque blanc, le met mal à l'aise. Camille, elle, oscille entre attirance et répulsion envers cet homme autrefois séduisant, au visage lacéré par une vieille blessure.
Ils se disputent et, le troisième jour, Malo n'est plus là. Personne ne semble s'en soucier, hormis Camille qui veut retrouver son frère à tout prix.
Mais leur reste-t-il une chance de sortir vivants de ce domaine ou le piège est-il déjà refermé ?
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* Depuis dix ans, les murs de la grande chambre se referment sur lui, de plus en plus près, de plus en plus serrés. Parfois, il doit tendre le bras devant lui pour les repousser ; c'est ainsi qu'il s'explique les micro-fractures qui lui soudent les doigts peu à peu, à force d'obliger les murs à reculer, coups et imprécations mêlés. La nuit, ils reviennent inlassablement. La guerre n'en finira jamais entre eux et lui.
Les murs se referment et il les laisse s'approcher, parfois jusqu'à le frôler, parfois si proches que, la tête bloquée sur le côté, il ne peut plus la redresser. Il est là comme entre deux plaques qui lui appuient sur la poitrine et dans le dos, et l'opressent, l'étouffent. Même l'air se raréfie. Les mains plaquées contre les cloisons, il sent craquer les premiers cartilages. Alors il s'arque, se rebelle, les écarte en vacillant sous l'effort. Il se réveille en criant. * 


Un vent de cendres est un roman qui procure des sensations fortes. Après un avis quelque peu mitigé sur le premier roman de Sandrine Collette, me voici obligée de réviser mon jugement ; peut-être est-ce dû au cadre dans lequel se déroule l’intrigue, peut-être aux personnages, au encore au final fracassant. Toujours est-il que ce deuxième roman m’a tenue en haleine jusqu’à la dernière page et que je ne suis pas prête d’oublier les surprises qui m’ont été réservées lors de ma lecture.
Tout commence lorsque Malo et sa sœur Camille arrivent en Champagne pour participer aux vendanges. Le domaine sur lequel ils travaillent appartient à deux hommes étranges et inquiétants, Octave et Andreas, qui ont été brisés par un accident survenu des années auparavant. S’installe une relation étrange entre Octave et Camille, relation qui ne plaît pas du tout à Malo et qui suscite les moqueries de leurs compagnons de travail. Au fil des jours, l’ambiance se fait plus tendue... et l’inévitable finit par se produire. Est-il encore temps d’échapper au piège qui se referme lentement ?
Les protagonistes de ce roman sont sans conteste une de ses grandes forces. Tous sont bien développés et attachants, ou intrigants : Camille et Malo, bien entendu, mais surtout Octave, cet homme défiguré qui ne sait plus vivre en compagnie des autres. Il y a aussi la présence de Laure, tel un spectre venu hanter les lieux et l’esprit des personnages. Des liens se font et se défont entre ces derniers, laissant présager une fin qui ne sera pas forcément heureuse.
Sandrine Collette prépare bien le terrain : dans les premières pages, nous découvrons l’univers des vendanges : il nous paraissait accueillant au premier abord, mais se révèle bien vite oppressant. Petit à petit, le domaine se fait plus hostile, imperceptiblement, et des indices nous indiquent que quelque chose de dangereux menace les protagonistes. Bien que réparties en neuf jours, les différentes parties du livre sont assez inégales, tant du point de vue de l’action que de l’information transmise.
Quiconque aura lu la quatrième de couverture saura à quoi s’attendre et j’ai trouvé dommage qu’autant de détails concernant le déroulement de l’histoire aient été dévoilés. Nous connaissons donc déjà une bonne partie de l’intrigue, car la mise en place est plutôt lente, et je pense que certains lecteurs reprocheront à l’auteur quelques longueurs dans la partie centrale. Cependant, elles me paraissent nécessaires pour que l’atmosphère soit « juste » et puisse à ce point jouer avec nos peurs.
Vous l’aurez compris, le suspense n’est pas au centre du roman. Cette impression est peut-être due au trop grand nombre de détails dans le résumé et j’ai eu l’impression – sans vouloir gâcher le suspense – de souvent deviner les évènements avant qu’ils ne se produisent... Et pourtant ! La fin surprendra sans aucun doute la plupart des lecteurs. Bien malin serait celui capable de soupçonner l’horreur de cette affaire. Même plusieurs minutes après avoir refermé le livre, j’ai eu du mal à digérer. Le contraste avec le début est flagrant, et il suffit de quelques lignes pour que les pièces du puzzle s’emboîtent.
Des nœuds d’acier m’avait dérangé pour sa violence, une violence crue qui se retrouve dans Un vent de cendres, mais de manière beaucoup plus subtile, implicite, presque. Il n’y a pas beaucoup de scènes de violence, pourtant, on se sent oppressé dès l’arrivée de Malo et Camille au domaine. Je dirais sans hésiter que ce deuxième roman m’a plus marquée, plus entraînée que le premier... peut-être parce que c’est moins le mal qui se cache dans le quotidien, mais plutôt une série de malheurs qui conduit à une véritable stratégie. Cela rend la psychologie des personnages d’autant plus intéressante que l’on a l’impression de pouvoir les comprendre. Et même si on voudrait en détester certains, on n’y parvient pas.
Un vent de cendres est un très bon roman, tant du point de vue de l’intrigue que de l’écriture. Sandrine Collette fait montre de son talent pour créer une atmosphère réussie, des descriptions vivantes – surtout celles des courses-poursuites – et une intrigue terrifiant. Je recommande ce livre à tous les amateurs du thriller psychologique ainsi qu’à ceux qui apprécient des bons romans policiers, sachant toutefois qu’ils pourraient y trouver quelques longueurs.
Je termine en remerciant Babelio pour l’organisation des Masses Critiques, et les Éditions Denoël pour leur confiance. Un merci particulier à l’auteur également, qui m’a fait vivre des émotions fortes avec ce roman. Vivement le prochain !



[FR] La mesure de la dérive - Alexander Maksik

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Titre : La mesure de la dérive
Titre original : A marker to measure drift
Auteur : Alexander Maksik
Traducteur : Sarah Tardy
Éditeur : Belfond
Date de publication : 2013 (2014 pour la traduction française)
Pages : 279
 

* Elle était seule. Il ne restait rien d'eux. Rien que des souvenirs, une foule de souvenirs provoqués sans doute par la folie. Et tandis que le sentier l'emmenait plus bas, tandis qu'elle écoutait son esprit, le vent et le bruit de ses pas, elle peinait à faire la différence entre ses souvenirs et les fruits de sa folie. *
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Salué comme un chef-d'œuvre "d'une beauté à couper le souffle", stupéfiant de finesse et d'humanité, un roman hypnotique sur l'exil, le poids du passé et l'importance vitale de notre relation aux autres. Des ténèbres du Liberia en guerre au soleil écrasant des Cyclades, l'odyssée d'une jeune femme accrochée coûte que coûte à la vie, et à sa dignité
Jeune Libérienne, Jaqueline installe son grabat de fortune dans une grotte, sur une plage de Santorin. Chaque jour, elle lutte pour trouver un peu de nourriture et d'eau, éviter les rondes de police, passer inaperçue au milieu des touristes. Chaque jour, la faim et la solitude l'affaiblissent un peu plus. Chaque jour, la voix de sa mère la hante davantage, évoquant les images profondément enfouies d'une autre vie, mesures de sa dérive
Mais pourquoi Jaqueline est-elle si seule ? Quelles terribles circonstances l'ont-elles amenée là ? Comment affronter l'insoutenable ?
Face à la folie qui la guette, c'est en elle-même qu'elle devra trouver la force, malgré tout, de continuer à vivre.

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* Ils avaient été nombreux, au cours de ces dernières années, à vouloir des choses pour elle, et la somme de tous ces désirs n'avait fait que précipiter le déclin de son existence.
L'évolution, lui dit sa mère. L'évolution de ton existence, pas de déclin. Il n'y a pas de hauts ni de bas, mais simplement ce qu'Il veut de toi. * 


Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer en lisant le résumé de la quatrième de couverture, La mesure de la dérive ne se déroule pas au Libéria, mais sur l’île grecque de Santorin, où nous découvrons le quotidien de la jeune Jaqueline… Murée dans la solitude, elle vit – ou plutôt survit – avec les souvenirs de son passé, qui ont marqué à jamais son existence, essayant à tout prix de garder fierté et décence.
Au fil des pages, nous sommes entraînés dans les pensées de Jaqueline, qui tente de survivre comme elle le peut, sans aide, seule. Peu à peu, ses souvenirs se mêlent à la réalité, les réflexions terre-à-terre de sa vie de réfugiée laissent de la place à des scènes touchantes, qui susciteront forcément de la nostalgie, tant pour l’héroïne que pour le lecteur. Et les images reviennent, toujours les mêmes ; des voix surgissent, accompagnant la jeune fille dans ses combats quotidiens… à tel point que l’on se demande si c’est la réalité ou le fruit de son imagination.
Le récit est organisé comme un flot de pensées qu’il est impossible d’arrêter, véritable stream of consciousness qui nous fait découvrir peu à peu l’existence de Jaqueline. Nous découvrons des scènes « d’avant », et des scènes de « maintenant », mais que s’est-il passé entre temps ? Qu’est ce qui a transformé cette jeune fille appartenant à un milieu privilégié en une réfugiée obligée de se cacher des autorités et de dormir en pleine nature, avec à peine de quoi se nourrir ?
Ce roman a été pour moi très dépaysant, non seulement parce qu’il fait allusion à des lieux qui me sont inconnus, mais aussi parce que c’est un genre que je n’ai pas l’habitude de lire. Pour cette raison, je ne savais pas à quoi m’attendre. J’avais peur de trouver un roman aux scènes violentes et sanglantes, assorties de trop nombreux détails historiques, mais Alexander Maksik nous offre quelque chose de tout à fait différent : l’histoire d’une seule personne – pas forcément toujours du côté des « bons » – et de ses efforts pour continuer à vivre dans le présent malgré le passé. C’est un livre extrêmement profond qui, même s’il ne contient que peu de passages explicitement violents, nous touchera au plus profond de nous.
Malgré certaines longueurs au début, j’ai passé un très bon moment. Après coup, les quelques passages qui m’ont paru un peu répétitifs dans la première partie prennent leur sens et la structure quelque peu désordonnée illustre parfaitement le flot de pensées qui habitent l’esprit de l’héroïne. Les amateurs d’action et de détails historiques à n’en plus finir s’ennuieront sans doute un peu, mais les autres se laisseront sans aucun doute séduire par cette histoire triste et touchante, qui nous laisse avec une lueur d’espoir.
Je remercie Babelio pour l’organisation des Masses critiques, car je n’aurais sinon probablement pas découvert ce roman, et les éditions Belfond pour leur confiance.
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Livre reçu dans le cadre des Masse critiques de Babelio




[FR] Une odyssée en Patagonie - Inti Salas Rossenbach

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Titre : Une odyssée en Patagonie
Auteur : Inti Salas Rossenbach
Éditeur : La Découvrance
Date de publication : 2013
Pages : 254
 

* Loin de chez soi, l'intérêt que l'on porte aux choses, souvent nouvelles, est accru : on prend le large pour suivre et nourrir cet intérêt. Cette recherche est donc en partie volontaire, consciente. Mais la sensibilité aux choses dont nous faisons preuve en voyage est aussi liée à l'unicité des moments vécus et à la disparition des illusions de la routine. *
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Sur ces eaux rudes, contre les vents, contre la pluie et le froid, avec la solitude et les doutes pour compagnes, ils n’étaient que deux, en kayak et en autonomie. Il en a ramené l’impression d’être encore trempé, et une histoire.
Il a voulu qu’elle soit entière, cette histoire. Qu’elle embarque tout ce qui a vécu en lui et autour de lui, au-delà de la seule narration des péripéties d’une expédition. L’histoire des contrées qu’ils ont parcourues, et celle des Amérindiens qui les peuplaient ; ses sensations, parfois déroutantes ; la mise en perspective de tout le vaste monde dont il s’était éloigné ; les imprévisibles rencontres que seul offre le grand Sud ; les souvenirs – réels ? – d’une femme qui hanta son esprit comme les tempêtes obscurcissaient le ciel… autant d’îles qui, peu à peu, ont dessiné l’archipel qu’est devenu le roman de son voyage.

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* Les archipels de Patagonie forment un désert de terre, en ce sens que l'épaisse forêt primaire occupe tout l'espace jusqu'à la mer - il n'y a littéralement pas de terre libre - et parce que partout ailleurs, il n'y a que de l'eau. Mais si c'est un désert de terre, c'est un désert connu et parcouru par ces hospitaliers coureurs de canaux. Je porte avec nostalgie l'empreinte de l'accolade de Frio qui me dit au revoir, adieu, en me demandant pourquoi nous partions ; je porte avec chaleur les chaussettes en laine de Chiloé que m'offrit Chamberley, je porte les mots de Chino : C'est la première et dernière fois qu'on se voit, et c'est bien. Je sui fier de les avoir côtoyés en mer. Depuis, lorsque je regarde une carte de cette immense mosaïque d'îles, de fjords et de canaux du sud-ouest de l'Amérique, je vois ces sacrés faiseurs de sillages.* 


Qui n'a pas rêvé de partir à la découverte de terres inexplorées ? Comme beaucoup, Inti Salas Rossenbach nourrissait un tel projet ; cependant, contrairement à la plupart d'entre nous, il l'a réalisé : plus de trois mois en kayak sur les canaux de Patagonie avec son coéquipier Alexandre. Une telle expédition se prépare, comme nous le comprendrons dès les premières pages, car rien ne peut être laissé au hasard face aux dangers de l'extrême. C'est après deux ans d'organisation intense que le voyage a commencé et, malgré toutes les situations hypothétiques imaginées, personne n'est jamais à l'abri du danger.
Dans le sillage des deux hommes, nous partons à la découverte de la Patagonie, cette région si peu connue et peuplée de légendes et de mythes ; une terre inhospitalière, ou la mer règne en maître. Comme le titre l'indique, nous avons tout d'abord affaire à une odyssée. Nous découvrons la région à travers des descriptions très imagées : ses paysages, ses habitants et sa faune.
Ce livre est toutefois bien plus qu'un simple récit d'expédition. Aux différentes étapes décrites, aux difficultés rencontrées et aux endroits découverts se mêlent anecdotes personnelles, réflexions intimes et informations historiques. À mesure de l'avancée des deux explorateurs, nous avons l'impression d'apprendre à connaître cette terre encore inconnue. Nous voici rapidement immergés dans un univers totalement dépaysant, sur les traces des peuples qui y habitaient avant l'arrivée des espagnols.
Le récit n'est pas tout à fait chronologique, ce qui maintient une sorte de suspense. Bien que nous suivions les kayakistes du sud au nord, de nombreux retours en arrière nous sont offerts, ainsi qu'un premier chapitre éclatant décrivant « le début de la fin » de l'expédition. Cela brise une monotonie qui pourrait s'installer après quelques chapitres et m'a paru un choix extrêmement judicieux qui représente bien l'imprévu et les décisions à prendre lors d'une expédition de ce genre.
Le style est très agréable à la lecture, élégant et soigné, et contribue grandement à notre voyage. Des termes espagnols au vocabulaire de la navigation et des marins, c'est une image fidèle de la Patagonie qui nous est dépeinte – pour autant qu'on puisse en juger.
Au fil des pages, le lecteur ne pourra qu'admirer le courage de l'auteur et de son coéquipier, prêts à affronter de tels défis lors d'une expédition hors du commun. Je ne me suis jamais réellement identifiée à eux, mais j'ai eu l'impression de peu à peu découvrir leur extraordinaire quotidien et de partager quelques-unes de leurs aventures depuis une certaine distance qui me garantissait une sécurité agréable.
Les rencontres avec les habitants locaux constituent sans aucun doute un des points forts du roman. Que ce soient des marins, des villageois ou des citadins, tous se montrent extrêmement accueillants et nous donnent un petit aperçu de leur univers si différent du nôtre. Et, bien sûr, il y a la mystérieuse Laura qui accompagne l'auteur à mesure que les pages de son carnet se remplissent. Une odyssée en Patagonie est un magnifique récit de voyage mêlant aventure, découverte de terres inexplorées et rencontres improbables ; un moyen pour le lecteur de découvrir des terres presque inexplorées tout en savourant la sécurité de son chez-soi ; un retour en arrière dans l'histoire d'une région si peu connue et peuplée de légendes… Avec ce livre magnifique, Inti Salas Rossenbach nous invite à monter à bord de son kayak pour participer à l'aventure.
Je remercie Babelio pour l'organisation des masses critiques, sans lesquelles je n'aurais probablement pas découvert ce livre.

 
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[FR] Si un cobra vous regarde dans les yeux - Joël Vernet

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Titre : Si un cobra vous regarde dans les yeux
Auteur : Joël Vernet
Éditeur : Tertium Éditions
Date de publication : 2013
Pages : 114
 

* Ce n'était pas un temps d'abondance, non, pas du tout. Mais l'on survivait au gré des pluies, des chasses, des récoltes, les gens étant solidaires en cas de catastrophe. C'était un temps de paix joyeuse, de presque harmonie. D'aucuns disaient parfois que c'était le paradis. Que tout jaillissait à profusion. Que l'eau n'était pas au fond de puits lointains mais là, tout près, à portée de la main et du seau. Que les chants ne s'éteignaient qu'à l'aube. Que chaque évènement devenait une réjouissance. C'était avant la naissance d'Aïssatou. Les crocodiles étaient alors les animaux sacrés, l'animal-totem que l'on vénérait et qui, en contrepartie, vous le rendait bien. Mais un jour, l'harmonieux tableau se déchira. *
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La malédiction s'est abattue sur le village de Kirigi car un maudit chasseur a tué un crocodile. En signe de protestation, le vieux sorcier Youbou s'est réfugié dans une grotte. Aïssatou, une jeune fille originaire du camp des Fixés, viendra vivre non loin de lui. De leurs bouches vont naître des histoires invraisemblables. Celles d'Oruluba, le chasseur, qui devra quitter Kirigi. Celle du grand-père d'Aïssatou, le voleur génial. Celle du hibou dont Aïssatou mangea le coeur, car ce hibou l'avait rendue gravement malade. Celle des singes, qui faillires tuer son propre père, adugou. Celle du lion qui avala Aïssatou et qu'elle avala elle-même à plusieurs reprises. Celle du cobra cracheur que rapporta Youbou afin qu'Aïssatou puisse effacer la malédiction qui sème la misère dans cette région du pays de Bandigara.


Dans le pays de Bandigara, les crocodiles sont sacrés. Aussi, ce n’est pas une surprise qu’une malédiction s’abatte sur la région après qu’un chasseur a tué un de ces animaux, par cupidité, par vengeance ou par bêtise. La terre n’offre plus assez de ressources, les villageois sont touchés par la faim et la maladie et les enfants deviennent intenables. Les seuls à pouvoir améliorer la situation sont le vieux sorcier Youbou, réfugié dans une grotte, et la jeune Aïssatou, chassée de son propre camp.
Avec Si un cobra vous regarde dans les yeux, Joël Vernet nous fait découvrir un pays mystérieux qui paraît à la fois hostile et séduisant, et des personnages frappés par le sort, mais pourtant si courageux. Le récit est teinté de couleurs locales, que ce soient des descriptions ou des mots spécifiques en rapport avec la culture, qui sont explicités dans un glossaire à la fin de l’ouvrage. L’aperçu que nous avons du pays de Bandigara évolue au fil des pages, mais il en ressort une impression générale de rudesse qui contraste avec le caractère de la plupart des personnages.
L’histoire principale met en scène Aïssatou et Youbou, mais comprend également de nombreux autres contes secondaires racontés par ces deux personnages. Nous découvrons ainsi des légendes africaines et la vie quotidienne des habitants, si différente de la nôtre. Une touche de fantaisie s’ajoute à cela pour faire rêver les lecteurs, petits et grands.
L’histoire en elle-même est intéressante et nous entraîne à la découverte du pays, de ses traditions et de ses légendes. Aux côtés d’Aïssatou, nous découvrirons pourquoi la malédiction s’est abattue sur le village et Youbou nous expliquera comment la lever. L’arrivée des autres contes dans la trame principale m’a, à quelques reprises, paru quelque peu artificielle, mais chacun d’entre eux est très réussi et apporte une pièce à l’ensemble du livre.
L’écriture fluide, simple et élégante est adaptée à tout public. De même, chaque histoire peut être prise à plusieurs niveaux, ce qui intéressera donc non seulement les jeunes lecteurs, mais également des personnes plus matures désireuses de découvrir un univers qui est loin de nous être familier.
Au fil des pages, un certain nombre de dessins illustrent le texte, ce qui est toujours agréable dans ce type de livre. C’est un moyen de nous mettre dans l’ambiance, tout en nous laissant une part suffisante d’imagination.
Je remercie Babelio pour l’organisation d’une nouvelle édition des masses critiques et Tertium éditions pour leur confiance. Un conte atypique pour petits et grands qui nous fera découvrir un univers si différent du nôtre !
Je remercie Babelio pour l'organisation des masses critiques, sans lesquelles je n'aurais probablement pas découvert ce livre.

 
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[FR] La femme à 1000° - Hallgrímur Helgason

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Titre : La femme à 1000°
Auteur : Hallgrímur Helgason
Titre original : Konan við 1000° (islandais)
Traducteur : Jean-Christophe Salaü
Éditeur : Presses de la Cité
Date de publication : 2011 (août 2013 pour la traduction française)
Pages : 633
 

* Nous, les Islandais, portons un trésor en bouche, trésor qui nous a façonnés plus que toute autre chose. Au moins, nous ne gaspillons pas les mots dans le superficiel. Le problème de la langue islandaise est qu'elle est bien trop grande pour une société si petite. Jai lu sur Internet qu'elle contient six cent mille mots et plus de cinq millions de déclinaisons possibles. Elle est plus développée que le pays lui-même. *
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Condamnée à vivre dans un garage avec pour seule compagnie son ordinateur portable, une provision de cigarettes et une grenade datant de la fin de la Seconde Guerre mondiale, une octogénaire islandaise atteinte d'un cancer en phase terminale revient sur sa vie en attendant la mort. Car Herra, comme on l'appelle, a beaucoup de choses à raconter. Petite-fille du premier président d'Islande, fille d'une paysanne et du seul nazi islandais avéré, elle a, au fil de son existence mouvementée, vécu la guerre et l'exil, connu beaucoup d'hommes, parfois célèbres, et vu la mort, de bien trop près. Avant de s'envoyer en l'air pour de bon, elle passe en revue son passé et celui de son pays, l'occasion pour elle de régler au passage quelques comptes.

Dans ce roman inclassable et truculent qui, à la manière d'un collage, alterne humour, cynisme, tendresse, absurde, poésie et noirceur, Hallgrímur Helgason fait preuve d'une inventivité linguistique époustouflante. La Femme à 1000° navigue entre légèreté et profondeur au gré du récité de l'irrévérencieuse Herra, dont l'histoire est à l'image de celle de l'Islande, sa patrie, et de celle de l'Europe: mouvementée, sanglante et tragique.



“Herbjörg María Björnsson. Un nom imprononçable que vous n’êtes pas près d’oublier. » Cette phrase, présente sur la quatrième de couverture, peut paraître quelque peu prétentieuse, mais elle résume finalement très bien l’impression générale se dégageant de La femme à 1000°. 
Au fil de courts chapitres, nous voyageons entre le présent d’Herbjörg María Björnsson, surnommée Herra, et son passé. Avec elle, nous voyageons à travers l’Islande, le Danemark, l’Allemagne, la France et l’Argentine ; nous vivons la Seconde Guerre Mondiale, l’indépendance de l’Islande ; nous rencontrons des personnalités comme John Lennon, Evita, Marlene Dietrich ou Jean-Paul Sartres. 
Vous l’aurez compris, les quelques 600 pages de La femme à 1000° sont emplies d’évènements d’importance capitale pour l’histoire, de réflexions sur une société en pleine mutation et d’anecdotes riches en détails, ce qui n’en fait pas une lecture facile. Les références historiques sont très nombreuses, tout comme les citations et allusions littéraires, et quelques connaissances préalables sur l’Islande et sa culture se révèlent utiles à la compréhension globale. 
Hallgrímur Helgason se sert en réalité d’Herra pour se pencher sur l’histoire de l’Islande. De la pauvreté des îles et de la campagne aux salons de luxe de la résidence présidentielle, un aperçu foisonnant de la société et de son évolution s’offre au lecteur – la beauté des paysages, le silence des habitants, le viol des femmes et leur condition... Le tout sur un ton incisif, empreint d’humour et d’ironie, en alternance avec un style plus gave et objectif. 
Pourtant, loin d’être réduit à une simple technique narrative, le personnage principal ne passe pas au second plan. Au fil des événements qui ont marqué son existence et la vie d’une nation entière, nous découvrons une personne haute en couleur et au caractère fort, à laquelle nous nous attachons sans même nous en rendre compte. Sans longues descriptions, l’auteur nous fait peu à peu à faire connaissance avec cette femme pleine de contradictions qui, après une vie aux quatre coins du monde entourée de personnages plus intéressants les uns que les autres, se retrouve seule dans son garage en compagnie de son ordinateur et de sa connexion Internet. Une femme, donc, qui malgré son cancer, suit l’air du temps et s’adapte à la société actuelle. 
Constamment, nous passons du présent au passé avant de revenir au présent, ce qui est tout d’abord difficile à suivre. Les souvenirs eux-mêmes ne s’enchainent pas toujours dans l’ordre chronologique, mais comme la date est indiquée à chaque fois, on s’habitue vite à ce calendrier quelque peu fantaisiste. Plus encore, cette apparente confusion semble traduire le fil de pensée de l’héroïne, ajoutant une dimension de réalisme à l’histoire. 
Le style de l’auteur est, tout comme le roman lui-même, plutôt surprenant. Le vocabulaire est recherché et de nombreux néologismes et inventions donnent de la profondeur aux phrases, tout comme les jeux de mots et double sens qui démontrent que la traduction est exemplaire. En résulte une impression de richesse et une abondance de détails qu’il n’est néanmoins pas toujours facile de suivre. 
Pour conclure, La femme à 1000° est un roman à la fois intéressant et surprenant, que je recommande à un public intéressé par l’histoire et amateur de belle plume. Ce n’est toutefois clairement pas une lecture facile ; ne vous attendez donc pas à le lire d’une traite, mais profitez des courts chapitres pour l’apprécier peu à peu et découvrir la culture islandaise si particulière. 
Je remercie Babelio pour l’organisation de cette masse critique, ainsi que les éditions Presse de la Cité, sans qui je n’aurais sans doute jamais découvert ce roman inattendu et entraînant.

 
Livre reçu dans le cadre des Masse critiques de Babelio





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